Même en hiver
Même en hiver le jour n’était qu’un verger doux
Quand le col du Guerza s’engorgeait sous la neige
Les grenades n’étaient alors que des fruits – seule
Leur peau de cuir saignait sous les gourmandises
On se cachait dans le maquis crépu pour rire
Seulement. Les fusils ne fouillaient que gibier.
Et si la montagne granitique sautait
A la dynamite, c’était l’instituteur
Mon père creusant la route à sa Citroën.
Aucune des maisons n’avait besoin de portes
Puisque les visages s’ouvraient dans les visages.
Et les voisins épars, simplement voisinaient.
La nuit n’existait pas puisque l’on y dormait.
C’était dans les Aurès…
***
je cognerai encore trois fois
A votre porte
La première fois pour dire que j’existe
Depuis que le pain existe
La deuxième fois pour dire que j’existe
Puisque par moi vous existez
La troisième fois ce sera pour vous dire :
Il n’est pas de granit
Que n’use le vent et la pluie
Et mon vent à moi c’est ma faim
Ma pluie à moi c’est ma soif
Prenez garde
Je ne veux plus être orphelin.
***
je cognerai encore trois fois
A votre porte
La première fois pour dire que j’existe
Depuis que le pain existe
La deuxième fois pour dire que j’existe
Puisque par moi vous existez
La troisième fois ce sera pour vous dire :
Il n’est pas de granit
Que n’use le vent et la pluie
Et mon vent à moi c’est ma faim
Ma pluie à moi c’est ma soif
Prenez garde
Je ne veux plus être orphelin.
Enfence
Colère devant l’enfant sans pain
ni mère qui mange de la terre
dessine des hélicoptères reste
debout dans son sommeil
Colère devant l’enfant au ventre outré
araignée de la misère
qui joue avec la terre
sous un soleil touriste
Colère devant l’enfant courant devant la guerre
jusqu’aux frontières
depuis sept ans sans s’arrêter
s’il ne se couche dans la terre
Colère devant la terre entière
la terre qui est le pain qui
est la joie
la maison et la mort
***
Ce sera un jour pareil aux autres jours
Un matin familier avec des joies connues
Eprouvées parce qu’elles sont quotidiennes.
Avec des mots brûleurs du ciel
Avec des mots traceurs de route
Qui font du bonheur une question de patience
Qui font du bonheur une question de confiance.
Et ces femmes fières d’avoir le ventre rouge
A force de remettre au monde leurs enfants
A chaque aube, ces femmes bleuies de patience
Qui ont trop de leur voix pour apprendre à se taire.
Forte comme une femme aux mains roussies d’acier
Tu caresses tes enfants avec précaution
Et quand leur fatigue se blesse à ta patience
Tu marches dans leurs yeux afin qu’ils se reposent.