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Стихотворения А. де Мюссе в письмах к Жорж Санд (на французском языке)

Стихотворения А. де Мюссе в письмах к Жорж Санд (на французском языке)

COMPLÉMENT DE LA LETTRE N°1

Sand, quand tu l’écrivais, où donc l’avais-tu vue
Cette scène terrible où Noun à demi nue
Sur le lit d’Indiana s’enivre avec Raymond ?
Qui donc te la dictait, cette page brûlante
Où l’amour cherche en vain d’une main palpitante
Le fantôme adoré de son illusion ?

En as-tu dans le cœur la triste expérience ?
Ce qu’éprouve Raymond, te le rappellais-tu ?
Et tous ces sentiments d’une vague souffrance,
Ces plaisirs sans bonheur, si pleins d’un vide immense,
As-tu rêvé cela, George, ou l’as-tu connu ?

N’est-ce pas le Réel dans toute sa tristesse
Que cette pauvre Noun, les yeux baignés de pleurs,
Versant à son ami le vin de sa maîtresse,
Croyant que le bonheur c’est une nuit d’ivresse
Et que la volupté, c’est le parfum des fleurs ?

Et cet être divin, cette femme angélique
Que dans l’air embaumé Raymond voit voltiger,
Cette frêle Indiana dont la forme magique
Erre sur les miroirs comme un spectre léger,

Ô George ! n’est-ce pas la pâle fiancée
Dont l’Ange du désir est l’immortel amant ?
N’est-ce pas l’Idéal, cette amour insensée
Qui sur tous les amours plane éternellement ?

Ah, malheur à celui qui lui livre son âme !
Qui couvre de baisers sur le corps d’une femme
Le fantôme d’une autre, et qui, sur la beauté.
Veut boire l’idéal dans la réalité !

Malheur à l’imprudent qui, lorsque Noun l’embrasse
Peut penser autre chose en entrant dans son lit,
Sinon que Noun est belle et que le Temps qui passe,
A compté sur ses doigts les heures de la nuit !

Demain viendra le jour, demain, désabusée,
Noun, la fidèle Noun, par sa douleur brisée,
Rejoindra sous les eaux l’ombre d’Ophélia.
Elle abandonnera celui qui la méprise ;

Et le cœur orgueilleux qui ne l’a pas comprise
Aimera l’autre en vain — n’est-ce pas, Lélia ?

24 juin 1833.

Vers d’Alfred de Musset, écrits sous sa dictée PAR George Sand, en revenant de Chatterton.

Quand tous aurez prouvé, messieurs du Journalisme,
Que Chatterton eût tort de mourir ignoré,
Qu’au théâtre français on Ta défiguré.
Quand tous aurez crié sept fois à l’athéisme.

Sept fois au contresens, et sept fois au sophisme.
Vous n’aurez pas prouvé que je n’ai pas pleuré,
Et si mes pleurs ont tort devant le pédantisme,
Savez-vous, moucherons, ce que je vous dirai ?

Je vous dirai : sachez que les larmes humaines.
Ressemblent en grandeur aux flots de l’océan ;
On n’en fait rien de bon en les analysant ;

Quand vous en puiseriez deux tonnes toutes pleines,
En les faisant sécher, vous n’en aurez demain
Qu’on méchant grain de sel dans le creux de la main.